Nouvelle : « Le coup de feu »

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Voici une courte nouvelle écrite il y a quelques années déjà, et dont l’idée de départ est née d’un simple jeu de mots :

LE COUP DE FEU

Ҫa y est.

Le coup de feu me laisse sur le carreau.

Mes genoux heurtent le sol à mi-chemin entre les tables douze et treize. Dans ma chute, mon regard glisse sur une rangée de couverts alignés par ma femme. Sur les serviettes blanches qu’elle dispose à longueur d’années sur nos nappes immaculées.

Je m’effondre avec la délicatesse d’une pièce de viande échouée sur mon plan de travail. Et j’ignore encore tout de ce qui vient après. C’est la surprise du chef.

Pour tout vous dire, je suis au comble de l’étonnement. Pas par ce qui m’arrive. Cela devait se produire tôt ou tard. Soyons honnêtes. « On se mène la vie dure ! » comme le répète souvent ma femme. Je suis surpris par comment cela m’arrive. Dans ma bouche, le goût est fade. Je m’attendais à quelque chose de bien plus amer sans doute.

Une étoile, c’était bien. La deuxième est tombée par surprise. Je n’en demandais pas tant. C’était trop. Ma femme était aux anges. Il fallait en tirer de la fierté. Les clients se dédoublèrent eux-aussi. Dans le métier, on appelle ça « le bouche à oreille ».

Deux fois plus de bouches. Deux fois plus d’oreilles. Les employés en costume-cravate des bureaux voisins rameutaient leurs collègues et leurs secrétaires. Ils s’attablaient à côté d’assortiments de jeune couples armés du guide des bonnes tables. Un filet de poisson aux courgettes pour la quatre ! Les retraités en balade s’étaient passé le mot eux aussi. Ils venaient faire leur pause gourmande. Du bout des doigts, ils scrutaient avec application ce que ma carte avait à leur offrir par-dessus leurs lunettes. Prendrez-vous un apéritif ?

Les commentaires des anciens sur mes plats ne franchissaient pas le mur de brume du coin fumeur où les jeunes gens de bonne famille se pressaient de prendre des airs graves et révoltés avec leur martini ou leur vodka orange. C’était horrible toutes ces histoires aux infos. Un maquereau aux groseilles pour la quinze!

Il fallait que la magie opère à tout prix. A quinze euros comme à trente. Je leur sortais un lapin de ma toque. J’utilisais des bouts de ficelle. Mes tartes flambaient et se renversaient. Sur mes simples conseils, les carafes d’eau se changeaient en bouteilles de vin à même de flatter les palais et les gosiers les plus exigeants. J’avais plus d’un tour dans mon sac. J’avais aussi un ulcère à l’estomac.

Le coup de feu de midi ne fait pas de cadeau. Tous les restaurateurs vous le diront. A l’heure de pointe, soit vous êtes un magicien, soit vous disparaissez. Jour après jour, la cohorte des estomacs des alentours vient gronder à la même heure. Il faut les contenter avant la reprise. Les apaiser à coup de hors d’oeuvres, le temps de jongler en cuisine. Tout va comme il veut à la table treize ?

Le coup de feu de midi est un tir au ralenti. Une balle dont la trajectoire peut traverser une somme de dizaines d’années et de milliers de couverts s’il le faut. Tôt ou tard, elle vous fait payer l’addition.

De la cuisine, j’entends un brouhaha d’où sortent quelques phrases tronçonnées par l’ouverture du passe-plat devant ma femme qui attend. Je peux découper toute une série de carottes à la chaîne ou dépiauter un poisson sans même m’en rendre compte. C’est comme mes médicaments pour l’estomac. Je ne me souviens jamais si je les ai pris ou non.

En cuisine, les anecdotes échangées entre confrères lors de nos rares rencontres me reviennent en boucle. Le coup de feu, on vit avec. C’est le boulot qui veut ça. Mais il y a un truc qui a le don de nous foutre en l’air. Tous les restaurateurs vous le diront. C’est le client qui ne paie pas. On a tous le nôtre tôt ou tard, et on ne peut rien faire. Parce que quoi que l’on fasse, on l’a dans l’os au bout du compte.

Dans la profession, le grand classique c’est l’histoire du banquet. Tout le monde la connait et la répète, mais personne ne pourrait dire le nom du pauvre type à qui elle est arrivée.

C’étaient des fiançailles ou peut-être un anniversaire. Cela varie selon celui qui raconte. Le déjeuner s’est bien passé. Plus de cinquante couverts, et tout le monde a mangé chaud. A la fin du repas, les convives se tapent sur le ventre. L’humeur est bonne. Celui qui invite se lève pour payer, mais les autres s’empressent de protester. Ce n’est pas à lui de payer. Ils vont tous mettre la main à la poche. Le gars qui est debout n’est pas d’accord. Il se tourne vers le traiteur amusé par ce petit manège et lui lance: « S’ils veulent tous payer, j’ai une idée ! A votre signal, on sort tous faire la course autour de la salle des fêtes et le dernier de retour sur sa chaise paye pour tout le monde ! » Au départ donné par le traiteur, tous les ventres pleins se ruent à l’extérieur.

Lorsque notre homme comprend la ruse, il est déjà trop tard. Le voilà seul dans la salle avec cinquante couverts impayés et deux yeux pour pleurer.

Quelques années plus tôt, j’y ai eu droit moi aussi. Je l’avais aperçu à travers le passe-plats, alors que ma femme disparaissait avec un riz sauté aux crevettes sur le bras. Il devait avoir dix-huit ans à tout casser. J’aurais dû y aller tout de suite. Avale ton whisky et casse toi avant que je ne te botte le cul ! Comme le traiteur dans la salle des fêtes, j’aurais dû réagir plus tôt. Au lieu de cela, je l’ai laissé descendre ses amuse-gueules arrosés de whisky, son riz sauté aux crevettes, ses profiteroles et son café.

Ma femme ouvre le passe-plat. Le gars de la table cinq dit qu’il n’a pas d’argent. On ne veut pas y croire tant que cela ne nous est pas arrivé. Le gars sort en marchant. En le secouant, je ne fais que troubler sa digestion. Il me rote au visage. Ҫa m’est resté sur l’estomac depuis, coup de feu après coup de feu. Les médicaments n’y ont rien fait. J’ai continué à les prendre pour ma femme, mais j’avais mieux en cuisine.

Lorsque ma femme ouvre le passe-plat ce midi, je comprends tout de suite que ça recommence, rien qu’à voir comment elle me regarde. « Le gars de la treize » finit-elle par dire.

L’homme en costume-cravate se lance dans un discours. « Je n’ai pas de quoi vous payer. J’ai oublié mon porte-feuilles ». Enfin, j’imagine que c’est ce qu’il dit, parce que je n’entends plus rien. Les anecdotes de mes confrères me reviennent en boucle. Je peux tirer sur un homme sans même m’en rendre compte. La détonation et les cris me sortent de ma léthargie.

Ҫa y est.

Le coup de feu de midi m’a fait payer l’addition. Le corps ensanglanté n’a plus rien à dire. Je tombe à genoux entre les tables douze et treize.

Et j’ignore encore tout de ce qui vient après.

Chronique : « Esprit d’hiver » (Laura Kasischke)

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En cette période estivale, peut-être cherchez vous une histoire glaçante pour vous rafraichir les idées ? « Esprit d’hiver » (« Mind of winter » en VO) de Laura Kasischke (Encore elle !) pourrait bien faire l’affaire mais, attention, une fois que ce roman vous aura procuré des frissons dans le dos, il risque de vous retourner la tête avant de vous fendre le coeur… Rien que ça.

Car dans ce récit, Kasischke va vous faire vivre une terreur pure, celle de Holly, une Américaine du Michigan, en plein duel psychologique avec sa fille adoptive Tatianna, âgée de quinze ans. Tout dans ce roman concourt à vous étouffer : l’intrigue, très resserrée, se déroule sur quelques heures seulement, le jour de Noël, et dans un seul lieu : la maison de Holly. Dehors, c’est le blizzard. La neige n’arrête pas de tomber et pousse les invités (famille et amis) à renoncer à l’expédition jusqu’au repas que prépare Holly. Quant au mari, s’il est absent lui aussi, c’est qu’il est bloqué dehors avec ses parents récupérés à l’aéroport.

Holly s’est réveillée en retard ce matin. Peut-être est-ce pour cela que Tatianna semble lui en vouloir et se comporte de manière si étrange. Holly s’est levée avec une idée désagréable en tête qu’elle aimerait coucher sur le papier : lorsqu’elle et son mari sont allés chercher la petite Tatianna dans son orphelinat en Sibérie, alors qu’elle n’avait que deux ans, ils ont rapporté autre chose. Quelque chose d’inquiétant qu’elle n’arrive pas à voir, à comprendre, mais qui va se dévoiler petit à petit pour exploser dans les dernières pages…

Comme le dit Holly, la terreur c’est ce qui se passe avant l’horreur. La terreur est pire que l’objet redouté. Pire que l’état dans lequel vous trouvez lorsque finalement vous comprenez ce qui vous arrive, ce qui était trop horrible pour que votre esprit accepte d’en prendre conscience.

A la manière de Holly, on ne peut s’empêcher de vouloir appréhender ce qui se trame tout en ayant peur d’arriver à certaines conclusions. On veut tourner les pages de plus en plus vite tout en redoutant ce que révélera le chapitre suivant. Jusqu’au choc final et à cette envie, presque masochiste, de se replonger dans le roman pour saisir pourquoi l’on avait, nous aussi, refusé de voir ce qui était sous nos yeux.

« Esprit d’hiver » est un roman éprouvant, à déconseiller certainement à toute personne engagée dans une procédure d’adoption, mais il est d’une telle efficacité dans la construction de son récit diabolique et d’une telle justesse dans la description des sentiments que l’on ne peut que le recommander vivement.

« Vingt raisons de rester et une raison de partir » (Richard Thomas)

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Voici une petite recommandation de lecture rapide, puisqu’il s’agit d’une nouvelle. Elle a été écrite par Richard Thomas, un auteur américain. Il s’agit d’une histoire d’une grande efficacité, à forte charge émotionnelle, qui se dévoile sous une forme originale : Celle d’une liste, écrite point par point, et dont la chute est aussi logique que bouleversante…
Ci-dessous la nouvelle en question, suivie de ma traduction en français (car, à ma connaissance, elle n’a pas encore été traduite officiellement)

Twenty reasons to stay and one reason to leave

Because in the beginning it was the right thing to do, staying with her, comforting and holding her, while inside I was cold and numb, everything on the surface an act, just for her.
Because I couldn’t go outside, trapped in the empty expanse of rooms that made me twitch, echoes of his voice under the eaves, and in the rafters.
Because she still hid razorblades all over the house.
Because I wasn’t ready to bare myself to the world, willing to pour more salt into the wounds.
Because of the dolls and the way she held them to her bare breasts, the way she laughed and carried on, two dull orbs filling her sockets, lipstick on her face, hair done up, but the rest of her like marble, to go with her porcelain children that watched from his bed, defiling it, making a joke of it all.
Because at one point in our past she saved me from myself, the simple act of showing up. Lasagna filled my apartment with garlic and promise when all I could do was fall into a bottle.
Because I kept hoping he would walk in the door, backpack flung over his shoulder, eager to show me his homework, the worlds he had created with a handful of crayons.
Because it was my fault, the accident, and we both knew it.
Because if she was going to die a death of a thousand cuts, one of them wouldn’t be mine.
Because tripping over a Matchbox car, I found myself hours later curled up in a ball, muttering and listening for his response.
Because she asked me to, and I hadn’t learned to say no to her yet.
Because she wanted to live in any time but this time, jumping from one era to another, bonnets and hoop skirts, wigs and parasols, and I allowed it.
Because when I held her in the black void that was our bedroom, pressing my body up against hers, part of me believed I was a sponge, soaking up her pain. It was a fake voodoo, but it was all that I had.
Because I had no love left for anyone in the world.
Because I didn’t want to go.
Because it was still my home, and not simply a house yet.
Because I wasn’t done talking to my son, asking him for forgiveness.
Because I didn’t believe that we were done, that our love had withered, collapsed and fallen into his casket, wrapping around his broken bones, covering his empty eyes.
Because I didn’t hate her enough to leave.
Because I didn’t love her enough to leave.
Because every time she looked at me, she saw him, our son, that generous boy, and it was another gut punch bending her over, another parting of her flesh, and I was one of the thousand, and my gift to her now was my echo.

Vingt raisons de rester et une raison de partir.

Parce que c’était la meilleure chose à faire au début, rester avec elle, la récomforter et la soutenir, alors qu’à l’intérieur j’étais froid et anesthésié, et que tout à la surface n’était qu’une mise en scène, juste pour elle.

Parce que je ne pouvais pas sortir, piégé dans ces grandes pièces vides qui me faisaient basculer, avec les échos de sa voix au plafond et sous le toit.

Parce qu’elle cachait toujours des lames de rasoir partout dans la maison.

Parce que je n’étais pas prêt à me livrer au mondre, à verser plus de sel dans mes plaies.

A cause des poupées et de la façon qu’elle avait de les serrer contre sa poitrine nue, de la manière qu’elle avait de rire et d’aller de l’avant, deux yeux hagards remplissant ses orbites, du rouge sur ses lèvres, ses cheveux attachés, mais le reste ressemblant à du marbre, qui allaient bien avec ses enfants de porcelaine qui le regardaient de son lit, dégradant celui-ci, en faisant une blague, tournant tout ça à la dérision.

Parce qu’à un moment de notre passé, elle m’avait sauvé de moi-même, par sa simple présence. L’odeur de lasagnes pleines d’ail et de promesses remplissait mon appartement lorsque je ne pouvais faire rien d’autre que me noyer dans l’alcool.

Parce que je continuais d’espérer qu’il allait franchir la porte, son sac à dos sur une épaule, pressé de me montrer ses devoirs et les mondes qu’il avait créés avec une poignée de crayons.

Parce que c’était de ma faute, l’accident, et que nous le savions tous les deux.

Parce que si elle allait mourir de mille coupures, je ne serais responsable d’aucune d’elles.

Parce qu’après avoir trébuché sur une petite voiture, je me retrouvais roulé en boule pendant des heures, à marmonner et à espérer sa réponse.

Parce qu’elle me le demandait, et que je n’avais pas encore appris à lui dire non.

Parce qu’elle voulait vivre à n’importe quelle époque sauf la notre, sautant d’une période à une autre, avec les charlottes, les jupons de crinoline, les perruques et les parasols, et que je le lui autorisais.

Parce que lorsque je la tenais dans mes bras dans le vide noir qu’était notre chambre, pressant mon corps contre le sien, une partie de moi pensait que j’étais une éponge, absorbant sa douleur. C’était du voodoo bidon, mais c’était tout ce que j’avais.

Parce que je n’avais plus d’amour pour personne dans ce monde.

Parce que je ne voulais pas partir.

Parce que c’était toujours mon foyer, et pas une simple maison.

Parce que je n’avais pas fini de parler à mon fils, de lui demander pardon.

Parce que je ne pensais pas que tout était fini entre nous, que notre amour avait fané, s’était effondré et était tombé dans son cercueil, s’enroulant autour de ses os brisés, couvrant ses yeux vides.

Parce que je ne la détestais pas assez pour partir.

Parce que je ne l’aimais pas assez pour partir.

Parce qu’à chaque fois qu’elle me regardait, elle le voyait, notre fils, ce garçon généreux, et c’était encore un coup en plein ventre, la faisant se plier en deux, un autre morceau de chair arraché, et j’étais l’un de ces mille morceaux, et mon cadeau pour elle était maintenant mon écho.

Chronique : 22/11/63 (Stephen King)

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Le voyage dans le temps… Y a t’-il un thème de science fiction plus rabattu ? Traité en long et en large dans les romans, comics et au cinéma, il semble qu’on en ait fait le tour depuis des lustres. Et pourtant on y revient toujours, tels des prisonniers d’une boucle temporelle justement. Un éternel retour vers le futur en somme. Mais pour quelques classiques indémodables (« La machine à explorer le temps » de H.G. Wells pour ne citer que le plus connu), combien de variations plus ou moins intéressantes ?

Et ce titre : « 22/11/63 »… A défaut d’être élégant ou original, il a certes le mérite de planter le décor tout de suite. Ou plutôt la date. Celle de l’assassinat de JFK dont l’Amérique ne s’est jamais remise. L’enjeu est posé d’emblée : Revenir à cette date pour modifier le passé. Un grand classique des histoires de voyage dans le temps. Du déjà-vu donc. Circulez y a rien à voir ? Pas si vite… Le roman est signé Stephen King. Un auteur culte qui se frotte à tout, quitte à arpenter des sentiers battus et archi-balisés.

Autant le dire tout de suite, le pouvoir de séduction opère dès les premières pages. Un professeur d’anglais, Jake Epping, découvre une faille dans le temps dans l’arrière-boutique d’un fast-food ! Et ce passage mène vers l’année 1958. Effacer des livres d’Histoire l’événement tristement célèbre du 22/11/63 donne donc à l’enseignant un délai de cinq ans pour changer le destin.

Mais les choses ne sont pas si simples.

Il y a traditionnellement deux options exploitées par les auteurs de ce type de récit : soit on modifie le passé, entrainant ensuite le fameux « effet papillon », soit l’Histoire trouve un moyen pour rester inchangée quelques soient les efforts déployés. Sans en dévoiler trop, King s’amuse avec ces traditions narratives et se crée un autre chemin, à la fois familier et différent, offrant à son histoire l’originalité qui faisait défaut à son intrigue de base.

Autre élément important à noter : Oubliez le maitre de l’épouvante. L’autre visage de King, déjà aperçu dans d’autres romans, s’offre à nous. Celui d’un écrivain romantique et pessimiste à la fois qui n’est pas tout à fait nostalgique (Pas de « c’était mieux avant ! » ici), mais plus tout à fait à l’aise dans son époque non plus, à l’image de son personnage central.

Car ce qui importe à l’auteur est ailleurs que dans le suspense que la quatrième de couverture nous promet. (Jake Epping changera t-il le cours de l’Histoire ?) Il s’en passera des choses pendant ces cinq ans qui précèdent la date fatidique. Pendant plus de sept cent pages (Et des longueurs dans la partie centrale. King écoute t’-il encore ses éditeurs ?) qui laisseront de côté le lecteur attiré seulement par le postulat de départ du roman, mais qui fera verser quelques larmes à d’autres.

Fidèle à l’idée de la boucle, cette chronique, commencée par l’évocation de clichés, terminera de la même manière : La destination compte moins que le parcours…

Ce qui sort des tunnels

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J’écris beaucoup de choses dans mon coin… Et parmi elles, il y a Ce qui sort des tunnels, mon premier roman. Il s’agit d’un thriller fantastique. Si vous souhaitez vous faire une petite idée de l’histoire, voici le texte qui se trouve sur la quatrième de couverture du livre :

Où est passé le train? Le 22 octobre 2013, le TER 833295 à destination de la gare de Châlons en Champagne pénètre dans le tunnel de Tavannes pour ne pas en ressortir. Le train et l’ensemble des personnes à son bord disparaissent. L’ensemble des personnes à l’exception d’une. François Mercier sort hagard du tunnel sans la moindre explication à fournir aux autorités. Comment faire confiance à un homme qui prétend ne se souvenir de rien? C’est l’une des nombreuses questions que se pose Max Lenoir, commissaire de la DCRI. North Liberty. Une petite ville américaine perdue au coeur de l’Ohio. Maria Perez aimerait s’y croire à l’abri. A l’abri de ce qui sort des tunnels. Mais sait-on vraiment ce qui sort des tunnels?

J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce roman et à le faire découvrir ensuite. Peut-être serez-vous tentés d’explorer les tunnels à votre tour… Je serais ravi d’avoir vos commentaires, critiques, remarques diverses…

Ce roman auto-édité est disponible en version traditionnelle papier, mais aussi en version e-book (à prix mini !) sur le site Amazon (où vous pourrez lire les premières pages)

http://www.amazon.fr/qui-sort-tunnels-Arnaud-Touplain/dp/2746661330/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1404423554&sr=1-1&keywords=ce+qui+sort+des+tunnels

Bonne lecture !

N.B. : L’illustration du roman a été effectuée par mon ami Moxica de chez Naaty Design.

 

 

Planifier ou non l’intrigue d’un roman ?

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Ça y est. Vous avez une idée en tête qui vous pousse à vous lancer dans l’écriture d’un roman. Peut-être est-ce lié à quelque chose que vous avez entendu dans la rue, à un faits divers lu dans un journal ou encore à une anecdote qu’un ami vous a racontée dans une soirée.

Dans tous les cas, vous être prêt. Vous allez partir de ce point de départ prometteur pour écrire votre histoire !

Mais vous vous posez très vite cette question cruciale : Dois-je écrire la première version de mon texte au fil de la plume, guidé par ma seule inspiration, ou vaut-il mieux écrire un plan au préalable ?

S’il était possible de répondre à cette interrogation en une phrase définitive, ce serait trop simple bien entendu…

A titre d’exemple, avant d’écrire mon premier roman, Ce qui sort des tunnels, j’avais déjà essayé d’écrire un tapuscrit avant de très vite me décourager. J’avais pourtant planifié l’intrigue dans les moindres détails, fait des fiches de plusieurs pages sur chacun de mes personnages principaux, et même fait des croquis ! Le problème qui s’est rapidement posé a été le suivant : Je me sentais écrasé par mes travaux préparatoires ! Je perdais un temps fou à relire mes notes, à essayer de respecter ce que j’avais prévu. Pour résumer, j’étais devenu l’esclave de l’histoire que je devais raconter.

Lorsque j’ai entamé l’écriture de Ce qui sort des tunnels, j’ai opté pour une méthode radicalement différente : Partir de deux idées fortes que j’avais en tête et qui n’avaient au départ aucun lien entre elles (A. Un train et ses passagers, à l’exception de l’un d’entre eux, disparaissent mystérieusement en France. B. Une femme enceinte dotée d’un pouvoir particulier reçoit un appel inquiétant dans un coin paumé de l’Amérique) A partir de ces deux images que j’avais en tête, j’ai cherché des pistes qui pourraient relier ce rescapé français et cette Américaine, et j’ai trouvé les premières étapes de mon histoire, et… c’est tout !

Pour autant, je ne répète pas cette méthode pour le nouveau roman que j’ai commencé à écrire, car j’ai découvert des limites à cette fameuse méthode « au fil de la plume ».

Observons de plus près les deux méthodes et leurs avantages et inconvénients respectifs :

1. Planifier l’intrigue :

– Avantages : Un sentiment de sécurité (Je sais où je vais et je sais pourquoi je raconte cette histoire), un gain de temps (à condition de ne pas crouler sous les notes en tous genres…), la possibilité de se reposer sur un squelette d’histoire.

– Inconvénients : Si on a réussi à trouver le dénouement de l’intrigue avant même d’avoir écrit la première ligne, cela veut probablement dire que l’histoire va être très prévisible, voire simpliste. En outre, on perd tout élément de surprise. Même si chaque petit détail n’a pas été pensé, on prend le risque de suivre un itinéraire tout tracé et de trouver la route un peu monotone.

2. Ne pas planifier l’intrigue :

– Avantages : La découverte ! L’auteur devient le lecteur de sa propre histoire qui se dévoile à lui à mesure qu’il l’écrit. Tout est donc possible. Les personnages risquent moins d’être de simples pantins au service de l’histoire, et leurs actions devraient sembler plus authentiques.
– Inconvénients : Si se noyer sous ses notes peut perdre du temps, ne pas en avoir du tout peut s’avérer catastrophique. Rouler dans le brouillard se fait plus facilement si on allume au moins les feux de sa voiture ! Si l’on ne connait pas un minimum d’éléments concernant nos personnages et leurs motivations, l’écriture peut vite tourner à vide. Il faut ensuite revenir en arrière et parfois effectuer de nombreuses réécritures pour obtenir une histoire cohérente.

Stephen King dit écrire ses romans sans aucune planification… à l’exception de Dead Zone qui est pour moi l’un de ses meilleurs ouvrages…

Difficile de trancher donc, et la réponse se trouve sans doute dans un savant mélange des deux techniques. On peut estimer qu’il y a un minimum nécessaire de préparation à effectuer. Ce travail porte, à mon avis, sur les thèmes forts qui vont porter notre histoire (Ce que Chuck Palahniuk, auteur de Fight Club,  compare à des chevaux qui vont tirer notre carrosse), sur les personnages principaux et ce vers quoi ils tendent, et au moins quelques grandes directions concernant au moins la première partie de l’histoire si l’on souhaite ne pas trop se fermer de portes et pouvoir se diriger vers un dénouement que l’on n’aura pas forcément pensé dès le début mais qui sera logique et naturel.

Et si vous vous posiez la question : Non, je n’ai fait aucune planification avant d’écrire cet article !

Chronique : « Les revenants » (Laura Kasischke)

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Il y a des romans qui vous happent pendant la lecture, au point de vous faire vous relever la nuit, et qui vous hantent longtemps après avoir tourné à regret leur dernière page. Les revenants (The raising en version originale) ,de Laura Kasischke, est de ceux-là.

Hanter. C’est justement de cela qu’il est question dans cette histoire. Au départ, il y a cet accident de voiture. Nicole, jeune étudiante adorée de toutes et tous, décède brutalement. Craig, son petit ami qui était derrière le volant, s’en sort indemne… physiquement. Comment se remettre d’un tel drame ? Comment vivre avec la double peine de la culpabilité et de la perte de l’être aimé ? Les choses ne s’arrangent pas quand on prétend que Nicole, revenue d’entre les morts, n’a pas quitté le campus.

A ces questions s’en ajoutent d’autres : Pourquoi est-ce que personne ne prend en compte le témoignage de Shelly, première personne arrivée sur le lieu du drame ? Qu’est-ce qui pousse tous ces étudiants à s’inscrire aux cours de Mira, chercheuse qui s’intéresse à un sujet pour le moins singulier : la mort.

Ces personnages, pour ne citer qu’eux, sont tous hantés d’une manière ou d’une autre par une ou plusieurs personnes parties trop tôt, mais aussi par le poids du passé, par leurs erreurs, par la colère ou le sentiment d’injustice.

Laura Kasischke nous prend dans les filets d’un récit qu’elle tisse en alternant habilement les points de vue des différents personnages principaux, mais aussi le passé et le présent.

L’un des grands atouts de cette histoire est qu’il est difficile de deviner où elle va nous mener tant sa nature est singulière : Sommes-nous vraiment au coeur d’un récit fantastique ? Le mystère est-il ce qui intéresse l’auteur ?

Il serait criminel de répondre ici à la première question, mais on peut tout de même se risquer à apporter quelques éléments de réponses à la seconde : Nous sommes en présence d’un vrai-faux thriller. L’étrangeté de l’intrigue nous accroche, mais ce sont bien les thèmes très forts qui sont abordés que l’on retiendra (Notre approche de la mort, la relation entre les vivants et les morts, le sentiment de perte, etc)

Le roman pourra donc décevoir les amateurs purs et durs de thrillers tant Laura Kasischke fait des choix narratifs radicaux (dans la dernière partie de son roman) comme un clin d’oeil à ses lecteurs qui auront compris ce qu’elle souhaite nous dévoiler : Un long moment (plus de six cent pages tout de même !) de poésie douce-amère et de réflexions pertinentes sur les humains qui se débattent pour exister et trouver du sens à leur vie et à celles des autres.