« Vingt raisons de rester et une raison de partir » (Richard Thomas)

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Voici une petite recommandation de lecture rapide, puisqu’il s’agit d’une nouvelle. Elle a été écrite par Richard Thomas, un auteur américain. Il s’agit d’une histoire d’une grande efficacité, à forte charge émotionnelle, qui se dévoile sous une forme originale : Celle d’une liste, écrite point par point, et dont la chute est aussi logique que bouleversante…
Ci-dessous la nouvelle en question, suivie de ma traduction en français (car, à ma connaissance, elle n’a pas encore été traduite officiellement)

Twenty reasons to stay and one reason to leave

Because in the beginning it was the right thing to do, staying with her, comforting and holding her, while inside I was cold and numb, everything on the surface an act, just for her.
Because I couldn’t go outside, trapped in the empty expanse of rooms that made me twitch, echoes of his voice under the eaves, and in the rafters.
Because she still hid razorblades all over the house.
Because I wasn’t ready to bare myself to the world, willing to pour more salt into the wounds.
Because of the dolls and the way she held them to her bare breasts, the way she laughed and carried on, two dull orbs filling her sockets, lipstick on her face, hair done up, but the rest of her like marble, to go with her porcelain children that watched from his bed, defiling it, making a joke of it all.
Because at one point in our past she saved me from myself, the simple act of showing up. Lasagna filled my apartment with garlic and promise when all I could do was fall into a bottle.
Because I kept hoping he would walk in the door, backpack flung over his shoulder, eager to show me his homework, the worlds he had created with a handful of crayons.
Because it was my fault, the accident, and we both knew it.
Because if she was going to die a death of a thousand cuts, one of them wouldn’t be mine.
Because tripping over a Matchbox car, I found myself hours later curled up in a ball, muttering and listening for his response.
Because she asked me to, and I hadn’t learned to say no to her yet.
Because she wanted to live in any time but this time, jumping from one era to another, bonnets and hoop skirts, wigs and parasols, and I allowed it.
Because when I held her in the black void that was our bedroom, pressing my body up against hers, part of me believed I was a sponge, soaking up her pain. It was a fake voodoo, but it was all that I had.
Because I had no love left for anyone in the world.
Because I didn’t want to go.
Because it was still my home, and not simply a house yet.
Because I wasn’t done talking to my son, asking him for forgiveness.
Because I didn’t believe that we were done, that our love had withered, collapsed and fallen into his casket, wrapping around his broken bones, covering his empty eyes.
Because I didn’t hate her enough to leave.
Because I didn’t love her enough to leave.
Because every time she looked at me, she saw him, our son, that generous boy, and it was another gut punch bending her over, another parting of her flesh, and I was one of the thousand, and my gift to her now was my echo.

Vingt raisons de rester et une raison de partir.

Parce que c’était la meilleure chose à faire au début, rester avec elle, la récomforter et la soutenir, alors qu’à l’intérieur j’étais froid et anesthésié, et que tout à la surface n’était qu’une mise en scène, juste pour elle.

Parce que je ne pouvais pas sortir, piégé dans ces grandes pièces vides qui me faisaient basculer, avec les échos de sa voix au plafond et sous le toit.

Parce qu’elle cachait toujours des lames de rasoir partout dans la maison.

Parce que je n’étais pas prêt à me livrer au mondre, à verser plus de sel dans mes plaies.

A cause des poupées et de la façon qu’elle avait de les serrer contre sa poitrine nue, de la manière qu’elle avait de rire et d’aller de l’avant, deux yeux hagards remplissant ses orbites, du rouge sur ses lèvres, ses cheveux attachés, mais le reste ressemblant à du marbre, qui allaient bien avec ses enfants de porcelaine qui le regardaient de son lit, dégradant celui-ci, en faisant une blague, tournant tout ça à la dérision.

Parce qu’à un moment de notre passé, elle m’avait sauvé de moi-même, par sa simple présence. L’odeur de lasagnes pleines d’ail et de promesses remplissait mon appartement lorsque je ne pouvais faire rien d’autre que me noyer dans l’alcool.

Parce que je continuais d’espérer qu’il allait franchir la porte, son sac à dos sur une épaule, pressé de me montrer ses devoirs et les mondes qu’il avait créés avec une poignée de crayons.

Parce que c’était de ma faute, l’accident, et que nous le savions tous les deux.

Parce que si elle allait mourir de mille coupures, je ne serais responsable d’aucune d’elles.

Parce qu’après avoir trébuché sur une petite voiture, je me retrouvais roulé en boule pendant des heures, à marmonner et à espérer sa réponse.

Parce qu’elle me le demandait, et que je n’avais pas encore appris à lui dire non.

Parce qu’elle voulait vivre à n’importe quelle époque sauf la notre, sautant d’une période à une autre, avec les charlottes, les jupons de crinoline, les perruques et les parasols, et que je le lui autorisais.

Parce que lorsque je la tenais dans mes bras dans le vide noir qu’était notre chambre, pressant mon corps contre le sien, une partie de moi pensait que j’étais une éponge, absorbant sa douleur. C’était du voodoo bidon, mais c’était tout ce que j’avais.

Parce que je n’avais plus d’amour pour personne dans ce monde.

Parce que je ne voulais pas partir.

Parce que c’était toujours mon foyer, et pas une simple maison.

Parce que je n’avais pas fini de parler à mon fils, de lui demander pardon.

Parce que je ne pensais pas que tout était fini entre nous, que notre amour avait fané, s’était effondré et était tombé dans son cercueil, s’enroulant autour de ses os brisés, couvrant ses yeux vides.

Parce que je ne la détestais pas assez pour partir.

Parce que je ne l’aimais pas assez pour partir.

Parce qu’à chaque fois qu’elle me regardait, elle le voyait, notre fils, ce garçon généreux, et c’était encore un coup en plein ventre, la faisant se plier en deux, un autre morceau de chair arraché, et j’étais l’un de ces mille morceaux, et mon cadeau pour elle était maintenant mon écho.

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