Chronique : « Esprit d’hiver » (Laura Kasischke)

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En cette période estivale, peut-être cherchez vous une histoire glaçante pour vous rafraichir les idées ? « Esprit d’hiver » (« Mind of winter » en VO) de Laura Kasischke (Encore elle !) pourrait bien faire l’affaire mais, attention, une fois que ce roman vous aura procuré des frissons dans le dos, il risque de vous retourner la tête avant de vous fendre le coeur… Rien que ça.

Car dans ce récit, Kasischke va vous faire vivre une terreur pure, celle de Holly, une Américaine du Michigan, en plein duel psychologique avec sa fille adoptive Tatianna, âgée de quinze ans. Tout dans ce roman concourt à vous étouffer : l’intrigue, très resserrée, se déroule sur quelques heures seulement, le jour de Noël, et dans un seul lieu : la maison de Holly. Dehors, c’est le blizzard. La neige n’arrête pas de tomber et pousse les invités (famille et amis) à renoncer à l’expédition jusqu’au repas que prépare Holly. Quant au mari, s’il est absent lui aussi, c’est qu’il est bloqué dehors avec ses parents récupérés à l’aéroport.

Holly s’est réveillée en retard ce matin. Peut-être est-ce pour cela que Tatianna semble lui en vouloir et se comporte de manière si étrange. Holly s’est levée avec une idée désagréable en tête qu’elle aimerait coucher sur le papier : lorsqu’elle et son mari sont allés chercher la petite Tatianna dans son orphelinat en Sibérie, alors qu’elle n’avait que deux ans, ils ont rapporté autre chose. Quelque chose d’inquiétant qu’elle n’arrive pas à voir, à comprendre, mais qui va se dévoiler petit à petit pour exploser dans les dernières pages…

Comme le dit Holly, la terreur c’est ce qui se passe avant l’horreur. La terreur est pire que l’objet redouté. Pire que l’état dans lequel vous trouvez lorsque finalement vous comprenez ce qui vous arrive, ce qui était trop horrible pour que votre esprit accepte d’en prendre conscience.

A la manière de Holly, on ne peut s’empêcher de vouloir appréhender ce qui se trame tout en ayant peur d’arriver à certaines conclusions. On veut tourner les pages de plus en plus vite tout en redoutant ce que révélera le chapitre suivant. Jusqu’au choc final et à cette envie, presque masochiste, de se replonger dans le roman pour saisir pourquoi l’on avait, nous aussi, refusé de voir ce qui était sous nos yeux.

« Esprit d’hiver » est un roman éprouvant, à déconseiller certainement à toute personne engagée dans une procédure d’adoption, mais il est d’une telle efficacité dans la construction de son récit diabolique et d’une telle justesse dans la description des sentiments que l’on ne peut que le recommander vivement.

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