Chronique : « Mille femmes blanches » (Jim Fergus)

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Quel étonnant roman que ce « Mille femmes blanches » écrit par Jim Fergus et publié il y a près de quinze ans déjà… Malgré quelques défauts gênants, cette oeuvre couronnée de succès mérite que l’on s’y intéresse pour plusieurs raisons.

A commencer par le point de départ du récit, à savoir une réalité historique incroyable mais vraie : En 1874, Little Wolf, chef de la tribu des Cheyennes se rend à Washington pour faire une proposition pour le moins étonnante au président Grant. Il souhaite échanger mille chevaux contre mille femmes blanches. Le but de cette improbable transaction étant de faciliter l’intégration des Indiens à la civilisation blanche grâce au métissage. (Les femmes devront s’engager à rester mariées à leur époux indien pendant au moins deux ans et à tomber enceinte) Contre toute attente, le gouvernement finira par accepter, non sans quelques ruses…

La genèse du texte mérite qu’on s’attarde sur elle : Jim Fergus, passionné depuis toujours par l’histoire des amérindiens, pensait d’abord écrire un livre sur Little Wolf. L’idée de tirer une fiction de ses très riches recherches n’est venue que plus tard, lorsqu’il s’est penché sur l’aventure inconcevable de ces femmes oubliées (ou presque) des livres d’Histoire.

Et c’est peut-être là que le bât blesse.

Si le degré de précision apporté à la description de cette période sombre de l’Histoire américaine est remarquable et dénote une réelle empathie envers les Cherokees et les autres tribus victimes de l’homme blanc, la fiction, elle, est un peu en reste.

L’histoire se lit certes très bien, mais elle est empreinte d’un romantisme qui vire parfois à l’eau de rose. On vit en effet cette histoire à travers les journaux de May Todd, envoyée à l’hôpital psychiatrique par ses parents qui condamnent sa relation hors mariage avec un homme en dessous de leur rang, et qui se portera volontaire pour le projet.

Les lignes que May Todd couche sur ses petits carnets nous garantissent une immersion passionnante dans l’ouest sauvage, lors de l’expédition, puis au coeur de la tribu Cheyenne et de ses us et coutumes si singuliers, mais ses multiples histoires d’amour contrariées sont loin d’être le point fort de l’histoire.

Là où la fiction vise juste en revanche, c’est dans la description de ces femmes au parcours chaotique, traitées comme des folles ou des pestiférées et que le gouvernement n’hésite pas à utiliser comme de vulgaires outils sans jamais se soucier de ce qui adviendra d’elles. Ces héroïnes malgré elles sauront se reconstruire une identité et trouver leur dignité parmi les Indiens, au prix de nombreux efforts et quitte à plonger en pleine tragédie lorsque l’enfer se déchainera.

On l’aura compris : l’auteur cherche à questionner le sens de l’Histoire, les notions mêmes de civilisation et de progrès, à en découdre avec les préjugés et avec cette étiquette bien pratique qu’est le mot « sauvage » . Il est cependant dommage qu’il le fasse si souvent avec autant de manichéisme. Malgré quelques exceptions dans les deux camps, les Indiens sont vertueux et admirables tandis que les blancs cumulent tous les vices.

Malgré tout, on se surprend à tourner les pages de plus en plus vite pour finalement s’attacher à ces drôles de dames et l’on referme le livre avec un goût amer. La cause est entendue, mais l’issue n’en demeure pas moins poignante. Derrière ces portraits de femmes, on ne peut s’empêcher à toutes ces anonymes, bien réelles, qui furent à la fois des pantins de l’Histoire et des actrices de leur libération, telles des féministes avant l’heure. La réalité écrase parfois la fiction.

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