Chronique : « Mudwoman » (Carol Joyce Oats)

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« Mudwoman », ou la femme-boue en français.

Avec ce titre, qui est à la fois le surnom et l’alter ego du personnage principal Meredith Neukirchen, on pourrait se croire de prime abord en plein comic-book. Sauf qu’il est ici difficilement question d’héroïne. Encore moins de super héroïne.

De boue, il sera beaucoup question dans cette histoire. D’abord physiquement puis symboliquement. Elle semble d’ailleurs presque suinter des pages pour coller aux doigts et à l’âme du lecteur courageux qui accepte de se laisser plonger dedans, à l’image de la chute originelle de Meredith.

Car c’est là que commence son épopée intime. Dans cette boue, au milieu des marais de l’Adirondacks, dans laquelle la folle de Dieu qui lui sert de mère décide de la précipiter toute entière et de l’y laisser mourir alors qu’elle n’est encore qu’une enfant battue sans défense de trois ans.

Contre toute attente, Mudgirl, qui deviendra Mudwoman -La boue ne part pas si facilement- sera sauvée. Sans en dévoiler plus sur les détails intermédiaires de son parcours, Meredith s’avérera aussi intelligente et apte à gravir les échelons que cassée intérieurement, l’ombre de Mudwoman trainant toujours derrière elle tel un boulet.

Meredith Neukirchen, devenue présidente de l’une des plus grandes universités américaines, étouffe. La boue ne l’a pas quittée. Malgré le luxe auquel sa fonction lui donne droit, elle ne se reconnaît pas dans ses vêtements hors de prix. Et alors qu’elle côtoie une foule d’intellectuels et de personnes qu’elle croie acquises à sa cause, la solitude va la tarauder jusqu’à l’étourdir. Jusqu’à la chute.

Entre fantasmes morbides et bribes de passé reconstituées (Le récit est construit comme un aller-retour constant entre les jeunes années de l’héroïne et sa vie actuelle), Meredith se débat plus avec les tourments de sa propre existence, qu’elle essaie de comprendre comme un enfant agenouillé devant un puzzle, que contre ses adversaires physiques, pourtant bien réels eux-aussi.

Tout l’enjeu du roman se trouve dans cette poursuite après elle-même, dans cette quête d’identité si difficile à atteindre sans cet élément crucial qui lui manque depuis toujours, à savoir l’amour véritable, désintéressé et honnête qui semble si rare à trouver.

L’écriture ciselée, presque chirurgicale, de l’auteur ne nous épargnera rien du chemin de croix de son héroïne, au risque de laisser plus d’un lecteur sur le bord de la route. Mais pour les autres, la lecture de ce puissant ode à la (sur)vie ne pourra que laisser des traces.

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