Chronique : « Pastorale Américaine » (Philip Roth)

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Retour sur un chef d’oeuvre écrit par Philip Roth, illustre auteur américain ayant (hélas!) pris sa retraite il y a quelques mois après soixante années d’écriture.

Pastorale Américaine (American Pastoral en VO) est un roman aux multiples récompenses : prix Pulitzer de la fiction (1998), prix du meilleur livre étranger (2000), une place dans le palmarès des cent plus grands livres de Time Magazine (2005), seconde place des meilleurs romans des vingt-cinq dernières années dans le supplément littéraire du New York Times (2006) N’en jetez plus, la coupe est pleine!

Par où commencer pour rendre hommage à cette oeuvre incontournable? Question difficile tant la structure de son récit pourrait s’assimiler à une spirale (infernale). Peut-être que le plus simple est alors de se laisser guider par son fameux narrateur, Nathan Zuckerman…

Nathan Zuckerman? Ce nom ne vous est pas étranger? Cela n’aurait rien de surprenant. Il mérite bien que l’on s’attarde sur son cas quelques instants. Il n’est autre que l’alter-ego à peine voilé de Roth qui l’a utilisé comme protagoniste ou comme narrateur dans nombre de ses romans, ajoutant une profondeur « méta-fictionnelle » bienvenue et une fine analyse de la figure de l’écrivain. « Sa vie, son oeuvre… » comme dirait l’autre.

L’histoire débute par un courrier reçu par Zuckerman. Seymour Levov (dit « Swede »), figure ultra populaire de ses années lycée le contacte pour lui demander d’écrire un livre sur son père. Seymour Levov, ancien sportif de haut niveau et idole de ses camarades, est devenu un père de famille et un homme d’affaires prestigieux. Zuckerman, pétri d’admiration depuis son enfance, accepte sans se poser de questions et se précipite au rendez-vous fixé dans un restaurant.

Zuckerman masque tant bien que mal sa déception lorsque la conversation à table lui paraît superficielle et qu’il ne semble plus être question d’un livre… S’agit-il d’un malentendu? D’une rencontre manquée?

Ce n’est que plus tard que le narrateur comprendra ce qui s’est passé à table. Levov a essayé de lui parler, mais n’a rien pu lui dire. Les mots lui ont littéralement manqué.

Levov chérissait son mode de vie, son idéal de réussite atteint à la sueur de son front. Une réussite familiale prolongée sur trois générations. Il aura fallu attendre la quatrième génération et les bouleversements des années soixante pour que tout finisse par voler en éclats. A cause d’un drame inqualifiable. Innommable. Une déflagration dont les dommages collatéraux s’additionneront jusqu’à ce que les piliers du rêve américain cèdent et qu’il ne reste plus que ruines et désillusions.

Zuckerman aura à coeur de plonger dans l’histoire familiale des Levov en effectuant de nombreux aller-retours sur le drame (dont il vaut mieux ne rien dévoiler ici) qui a mis le feu aux poudres, en s’en écartant pour prendre du recul, explorer des pistes, émettre des hypothèses pour toujours y revenir, attiré comme par un aimant maléfique. Le narrateur investigateur n’aura de cesse d’explorer les moindres recoins de l’âme des protagonistes, sondant l’avant et l’après. Il s’effacera rapidement derrière une histoire plus grande que lui, plus grande que les Levov, plus grande que le New Jersey où se déroulent les événements. Celle du rêve américain dont il arpentera les cendres avec amertume et compassion.

Au vu de ses innombrables qualités et de ses perspectives sans fin, Pastorale Américaine aurait tout aussi bien pu porter un autre titre. Celui d’une autre oeuvre de Philip Roth : Le Grand Roman Américain.

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