Chronique : « Jimmy Corrigan » (Chris Ware)

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Qui est donc Jimmy Corrigan, personnage central de ce roman graphique de Chris Ware, dont le nom fait office de titre à l’ouvrage?

A en croire le sous-titre de la version originale, il n’est autre que le gamin le plus malin de la terre (« The smartest kid on earth »)

Si les premières pages de l’album narrent effectivement les (més)aventures du petit Jimmy, l’histoire propulse rapidement notre jeune américain dans l’âge adulte sans transition ni ménagement. Au passage, le lecteur n’aura pas eu le temps de déceler les exceptionnels signes d’intelligence promis. Pas plus que chez n’importe quel autre bambin en tout cas.

Y aurait-il alors une double tromperie sur la marchandise?

Bien au contraire. Peut-être un peu d’ironie, et encore… A mesure que l’on suit le parcours de Jimmy, on se prend vite à douter de la volonté de l’auteur de nous faire rire de son personnage. C’est même tout l’inverse qui finit par se produire. Jimmy n’a rien d’exceptionnel et c’est, en partie, ce qui le rend attachant.

D’ailleurs, rien n’est fait pour nous indiquer quoi penser, tant les vignettes sont souvent avares en dialogues et, à l’inverse, riches en détails visuels que l’on pourra explorer à loisir pendant des heures.

Qu’en est-il de l’histoire? Elle est presque banale. Jimmy Corrigan approche tranquillement de la quarantaine. Il vit seul, effectue un travail ennuyeux à Chicago et son principal lien social se résume à sa mère possessive. Jusqu’au jour où son père le contacte après trente ans d’absence… Le gentil « loser » va devoir se faire violence pour tenter de connaître son géniteur.

Sans dévoiler la suite des péripéties de notre anti-héros, Jimmy va en voir des vertes et des pas mûres…

Qui est donc Jimmy Corrigan alors? Pour en revenir à notre question initiale, il est ce que nous venons de décrire tout en étant presque un double fictionnel de l’auteur. Chris Ware n’a effectivement connu son père que très tard. Leur rencontre s’est également passée suite à un coup de fil qu’il n’attendait plus.

On serait tentés de penser que Chris Ware avait besoin de digérer son expérience douloureuse et de la transformer en fiction pour mieux vivre avec. Pour produire quelque chose de beau et de définitif quand la vie a la fâcheuse tendance à s’écrire à coups d’épisodes médiocres sans fournir de conclusions satisfaisantes.

« Jimmy Corrigan » peut sembler difficile d’accès à première vue, qu’il s’agisse de la forme (un style extrêmement épuré) que du fond (la solitude, l’abandon, la famille dysfonctionnelle…), mais cette oeuvre d’une grande sensibilité mérite bien que l’on se penche sur elle.

Une oeuvre d’art comme antidote à « la merditude des choses »…

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