Chronique : « Fun Home » (Alison Bechdel)

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Lorsque l’on évoque la catégorie des romans graphiques auto-biographiques, quelques titres s’imposent systématiquement tels que Persepolis (Marjane Satrapi) ou Maus (Art Spiegelman). Mais il faut compter également avec d’autres oeuvres qui, à défaut d’apporter un éclairage personnel à une période clef de l’Histoire, relèvent de l’épopée de l’intime.

Le sous-titre du roman graphique de Alison Bechdel est « Une tragi-comédie  familiale ». La tragédie et la comédie. Les deux côtés d’une même pièce. La médaille et son revers. Le titre lui-même, Fun Home, est à double sens, « Fun Home » étant l’abréviation donnée par la famille de l’auteur à « Funeral Home » puisque le père était à la fois professeur de littérature anglaise et entrepreneur de pompes funèbres dans un petit bled de Pennsylvannie.

Alison Bechdel a commencé à tenir un journal dès l’âge de dix ans, chroniquant les petits et grands événements familiaux, noyant parfois les uns dans les autres pour mieux les dissimuler ou au contraire chercher à leur trouver du sens. Parvenue à l’âge adulte, elle utilisera le dessin pour tenter de mettre à jour les insaisissables vérités concernant son père mort trop tôt (accident ou suicide?) et comprendre comment son histoire personnelle avait pu s’inscrire dans l’histoire familiale.

Sans en dévoiler trop (les premières pages s’en chargent assez rapidement), le père d’Alison était homosexuel et, ne s’assumant pas en tant que tel, s’était condamné à mener une épuisante double vie. L’auteur de Fun Home, découvrira elle-même son homosexualité pendant ses années fac et ne parviendra jamais réellement à communiquer avec ce père avec qui elle aurait pourtant pu avoir tant à partager.

La recherche de sens et la difficulté à communiquer sont donc deux des thèmes déchirants de cette oeuvre, qui ne manque par ailleurs pas de respirations humoristiques. La réalité étant trop difficile à saisir, les protagonistes de cette drôle de famille se raccrocheront à la fiction pour tenter d’y trouver un reflet éclairant, dans un jeu de références littéraires semblant sans fin (Portrait de femme de Henry James, Un mari idéal de Oscar Wilde, Gatsby le magnifique de F. Scott Fitzgerald, A la recherche du temps perdu et A l’ombre des jeunes filles en fleur de Marcel Proust, etc)

La boucle littéraire sera finalement bouclée avec la parution de Fun Home, tout à la fois oeuvre exutoire et message d’amour envoyé à un père qui était déjà absent bien avant sa mort prématurée.

L’histoire d’Alison Bechdel est singulière, mais elle pourra trouver une résonance en chaque lecteur car, pour reprendre le titre d’un célèbre ouvrage de Douglas Coupland, Toutes les familles sont psychotiques

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