Chronique : « L’éveil » (Bastien Pantalé)

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Noyé parmi les nombreux romans auto-édités en tous genres disponibles sur Amazon et quelques autres plateformes, il est souvent difficile pour un auteur de tirer son épingle du jeu et de parvenir à se faire remarquer.

C’est sans doute fort de ce constat que Bastien Pantalé a pris récemment la décision de permettre aux lecteurs de télécharger gratuitement son roman pendant une durée limitée. Et c’est ainsi que j’ai pu découvrir son texte. J’en profite au passage pour le remercier pour cette initiative, et la moindre des choses était de faire un commentaire sur son travail.

Plutôt que de me risquer à faire un résumé de l’intrigue, je vais juste me permettre de citer quelques lignes de la page Amazon de l’auteur :

L’Éveil, s’articule comme une enquête policière classique, l’omniprésence de la science-fiction le rend plus difficile à catégoriser. Bastien y aborde en effet le large registre sensoriel avec toute sa part d’inconnu et de mystère.

Premier constat: pour un premier roman, qui plus est auto-édité, « L’éveil » fait clairement partie du haut du panier. Sans être parfait, il regorge de qualités qui méritent d’être énumérées :

A commencer par son sujet fort intéressant (difficile de ne pas trop en dire, mais il est entre autre question du développement de nos sens et des possibilités insoupçonnables de notre cerveau), qui sans être complètement original, est traité de manière très habile. On ne peut s’empêcher de penser au manga Akira qui a lui même influencé des oeuvres telles que le film « Looper », et même aux célèbres X-men auxquels l’auteur fait un clin d’oeil discret vers la fin de son ouvrage!

Ici pas (trop) de fantastique débridé, car l’auteur s’appuie toujours sur des bases scientifiques et le principe du « Et si… » qui lui permet d’extrapoler sans nous perdre à aucun moment.

Car il y a derrière ce texte un travail de recherche que l’on devine conséquent, et que Bastien Pantalé utilise de manière fort efficace, sans en faire trop ni pas assez. Et on finit par y croire… le temps de la lecture!

Autre qualité à évoquer : l’écriture en elle-même. Bastien Pantalé a un style clair, fluide, souvent élégant. Pas de fioritures, mais une belle simplicité.

Il faut également parler de la construction de son intrigue : difficile de prendre l’auteur à défaut. Toute l’histoire se tient du début à la fin avec une cohérence parfaite du prologue jusqu’au dénouement qui n’oublie le sort d’aucun personnage. Là aussi, on imagine un travail rigoureux en amont.

On sent une réelle générosité chez cet auteur, une envie de nous faire entrer dans son univers et de partager avec nous son enthousiasme pour les thèmes qui lui sont chers (l’ouverture à l’autre, l’humanisme, la recherche de sérénité, la recherche de liens, etc)

Il y a juste deux petits bémols que je permettrai de mentionner. Le premier concerne le rythme de l’histoire. Il n’y a bien sûr aucun mal à prendre son temps pour développer une intrigue et la lenteur peut être voulue et recherchée, mais le lecteur sera peut-être un peu désarçonné par le rythme de l’intrigue entre le prologue et le premier élément réellement déclencheur des péripéties qui suivront. Mais une fois que la machine est lancée, elle s’emballe et ne s’arrête plus jusqu’à la fin!

Le dernier bémol concerne un certain manque de surprises. Sans attendre à tout prix des twists et révélations chocs, j’aurais aimé me faire « balader » un peu plus. Si l’intrigue se tient parfaitement, elle est en revanche un peu trop prévisible par moments, mais peut-être que mon habitude de ce type de romans est en partie à mettre en cause.

En conclusion, L’éveil est un roman de bonne facture qui se lit très bien et qui vous fera passer d’agréables moments si vous décidez de vous lancer dans l’aventure et d’ouvrir votre esprit tel le héros de cette histoire!

Un jeune auteur à suivre…

Chronique : « Le sculpteur » (Scott Mc Cloud)

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Comment déterminer la valeur réelle d’une oeuvre d’art? Qu’est-ce qu’un véritable artiste et jusqu’où peut-il aller pour se faire un nom? Comment faire pour ne pas tomber dans l’oubli? Quel sens donner à une existence qui paraît si courte?

Autant de questions qu’aborde, entre autres, l’auteur de comics Scott Mc Cloud dans Le sculpteur, son grand retour à la fiction après les ouvrages analytiques qui ont fait sa renommée.

« Qu’y a t-il dans un nom? » s’interroge Juliette au sujet de son Roméo dans la célèbre pièce de Shakespeare.

C’est une question que pourrait également se poser David Smith, jeune sculpteur New Yorkais qui n’a connu qu’une gloire éphémère et qui cherche à la retrouver par tous les moyens. En plus de porter un nom extrêmement répandu, il souffre de n’être que « l’autre David Smith ». Car il y a déjà eu un sculpteur reconnu du même nom.

Alors qu’il s’apitoie sur son sort, la Mort va lui apparaître sous les traits de son grand oncle décédé et lui proposer un pacte : David pourra sculpter n’importe quelle matière à mains nues, mais il ne lui restera alors plus que deux cent jours à vivre.

Tour à tour histoire fantastique, chronique sociale et roman d’apprentissage, le récit du parcours personnel et artistique de David emprunte des sentiers balisés : des obstacles imprévus, une histoire d’amour mouvementée et des leçons de vie aussi cruelles que salvatrices.

Comme Scott Mc Cloud nous l’a confié lors de son interview à la librairie Bulle du Mans (pour le texte intégral de l’interview, voir l’excellent blog d’Agnès Deyzieux), le dessinateur n’avait qu’une vingtaine d’années lorsqu’il a eu l’idée de l’histoire de Le sculpteur. Il ne l’a couchée sur le papier qu’une trentaine d’années plus tard, en tentant de ne pas trahir l’innocence et la naïveté du jeune homme qu’il avait été (et qui a inspiré le personnage principal) tout en les confrontant à sa perspective d’auteur expérimenté et plus sage.

L’exercice est-il réussi? En partie seulement. Les thèmes abordés par l’auteur (la recherche de la gloire, la quête de sens, la peur de l’oubli, les idéaux artistiques) soulèvent des questions intéressantes, mentionnées plus haut, mais les réponses (ou amorces de réponses) apparaissent souvent convenues et évidentes. L’impatience, la fougue et l’inconséquence de la jeunesse sont certes habilement retranscrits, mais Scott Mc Cloud peine à les contrebalancer avec son regard actuel, comme s’il avait trop de tendresse et de nostalgie pour celui qu’il avait été.

Si l’humour et la dérision ne sont pas exempts de l’ouvrage, le récit ne s’écarte que rarement du premier degré, comme englué aux basques de son jeune anti-héros. Ainsi, l’histoire d’amour paraît idéalisée et reste très fleur bleue. Les personnages secondaires manquent quant à eux souvent de nuances et David Smith s’avère souvent agaçant dans son obstination aveugle à « réussir » à tout prix.

On peut donc déplorer l’absence de mordant de l’auteur. Ce qui aurait pu être une satire cinglante se révèle n’être au final rien de plus qu’un regard amusé et bienveillant dans le rétroviseur.

Il faudra donc chercher ailleurs pour une critique pointue du monde de l’art et de ceux qui gravitent autour, mais on pourra facilement succomber à l’émotion qui entoure la perte d’innocence de David Smith à mesure que le compte à rebours fatal se fait plus pesant.

Le récit concocté par Scott Mc Cloud est donc un peu à l’image de son héros : à la fois touchant et maladroit.

Mais il ne faut pas s’y méprendre, l’auteur sait toujours déployer des trésors d’inventivité dans sa mise en page et la lecture de cet épais ouvrage se fait avec plaisir tant le dessin et les choix graphiques effectués par le dessinateur sont élégants et maitrisés. Après tout, on n’en attendait pas moins du maitre.

Maintenant que la page de sa jeunesse semble tournée, on ne peut qu’attendre avec impatience le prochain chapitre…

Un peu de publicité!

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Amateurs de comics et/ou de mangas, cet article s’adresse à vous!

Je me permets de vous recommander deux sites tenus par Agnès Deysieux, spécialiste de ces deux domaines.

Le premier, « Le cas des cases », regorge d’informations sur le neuvième art : articles, chroniques, interviews d’auteurs, compte-rendus de conférences, etc

Le second, Manga-Chan, porte comme son nom l’indique… sur l’art du manga. Vous y trouverez de nombreux podcasts qui vous permettront de ne pas vous sentir noyés dans la production prolifique de mangas en tous genres. Porte d’entrée dans cet art japonais ou piste d’exploration plus approfondie, vous y trouverez forcément votre compte.

Bonnes découvertes… et bonne lecture!