Chronique : « Le sculpteur » (Scott Mc Cloud)

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Comment déterminer la valeur réelle d’une oeuvre d’art? Qu’est-ce qu’un véritable artiste et jusqu’où peut-il aller pour se faire un nom? Comment faire pour ne pas tomber dans l’oubli? Quel sens donner à une existence qui paraît si courte?

Autant de questions qu’aborde, entre autres, l’auteur de comics Scott Mc Cloud dans Le sculpteur, son grand retour à la fiction après les ouvrages analytiques qui ont fait sa renommée.

« Qu’y a t-il dans un nom? » s’interroge Juliette au sujet de son Roméo dans la célèbre pièce de Shakespeare.

C’est une question que pourrait également se poser David Smith, jeune sculpteur New Yorkais qui n’a connu qu’une gloire éphémère et qui cherche à la retrouver par tous les moyens. En plus de porter un nom extrêmement répandu, il souffre de n’être que « l’autre David Smith ». Car il y a déjà eu un sculpteur reconnu du même nom.

Alors qu’il s’apitoie sur son sort, la Mort va lui apparaître sous les traits de son grand oncle décédé et lui proposer un pacte : David pourra sculpter n’importe quelle matière à mains nues, mais il ne lui restera alors plus que deux cent jours à vivre.

Tour à tour histoire fantastique, chronique sociale et roman d’apprentissage, le récit du parcours personnel et artistique de David emprunte des sentiers balisés : des obstacles imprévus, une histoire d’amour mouvementée et des leçons de vie aussi cruelles que salvatrices.

Comme Scott Mc Cloud nous l’a confié lors de son interview à la librairie Bulle du Mans (pour le texte intégral de l’interview, voir l’excellent blog d’Agnès Deyzieux), le dessinateur n’avait qu’une vingtaine d’années lorsqu’il a eu l’idée de l’histoire de Le sculpteur. Il ne l’a couchée sur le papier qu’une trentaine d’années plus tard, en tentant de ne pas trahir l’innocence et la naïveté du jeune homme qu’il avait été (et qui a inspiré le personnage principal) tout en les confrontant à sa perspective d’auteur expérimenté et plus sage.

L’exercice est-il réussi? En partie seulement. Les thèmes abordés par l’auteur (la recherche de la gloire, la quête de sens, la peur de l’oubli, les idéaux artistiques) soulèvent des questions intéressantes, mentionnées plus haut, mais les réponses (ou amorces de réponses) apparaissent souvent convenues et évidentes. L’impatience, la fougue et l’inconséquence de la jeunesse sont certes habilement retranscrits, mais Scott Mc Cloud peine à les contrebalancer avec son regard actuel, comme s’il avait trop de tendresse et de nostalgie pour celui qu’il avait été.

Si l’humour et la dérision ne sont pas exempts de l’ouvrage, le récit ne s’écarte que rarement du premier degré, comme englué aux basques de son jeune anti-héros. Ainsi, l’histoire d’amour paraît idéalisée et reste très fleur bleue. Les personnages secondaires manquent quant à eux souvent de nuances et David Smith s’avère souvent agaçant dans son obstination aveugle à « réussir » à tout prix.

On peut donc déplorer l’absence de mordant de l’auteur. Ce qui aurait pu être une satire cinglante se révèle n’être au final rien de plus qu’un regard amusé et bienveillant dans le rétroviseur.

Il faudra donc chercher ailleurs pour une critique pointue du monde de l’art et de ceux qui gravitent autour, mais on pourra facilement succomber à l’émotion qui entoure la perte d’innocence de David Smith à mesure que le compte à rebours fatal se fait plus pesant.

Le récit concocté par Scott Mc Cloud est donc un peu à l’image de son héros : à la fois touchant et maladroit.

Mais il ne faut pas s’y méprendre, l’auteur sait toujours déployer des trésors d’inventivité dans sa mise en page et la lecture de cet épais ouvrage se fait avec plaisir tant le dessin et les choix graphiques effectués par le dessinateur sont élégants et maitrisés. Après tout, on n’en attendait pas moins du maitre.

Maintenant que la page de sa jeunesse semble tournée, on ne peut qu’attendre avec impatience le prochain chapitre…

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