Chronique : « Blankets » (Craig Thompson)

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Avec Blankets de Craig Thompson, une nouvelle preuve est apportée de l’union parfaite entre l’auto-biographie et la bande dessinée (si cela restait encore à prouver après des grandes réussites telles que Persépolis ou Fun Home)

Comme on s’en doute très vite, les couvertures qui donnent leur titre à l’ouvrage ont de multiples sens aussi bien symboliques que métaphoriques.

Blankets est (entre autres) un roman d’apprentissage. Une sorte de Boyhood version bande dessinée, pour établir une comparaison avec un film récent. Le lecteur est bien entendu promené à travers tous les passages obligés auxquels il peut s’attendre : l’enfance quelque peu chaotique, l’adolescence et ses questionnements existenciels accompagnés des premiers émois amoureux, le difficile cap de l’âge adulte.

Du déjà vu, tout ça? Oui et non. Tout d’abord, sur le fond, l’histoire de Craig Thompson est singulière, et probablement encore plus pour un lecteur non-américain. En effet, il est ici question d’une Amérique qui n’est pas si souvent explorée dans les comics ou séries télévisées dont nous nous abreuvons régulièrement. L’autre Amérique. Celle des états ruraux du Midwest dans lesquels le poids de la religion et des valeurs familiales traditionnelles si prégnant constitue à la fois un cadre rassurant et un élément d’oppression.

Ainsi, Craig Thompson grandit tant bien que mal dans une famille du Wisconcin composée de parents très croyants (baptistes) et d’un petit frère, Phil, avec qui il partage un lit et une première couverture… Une couverture qui le met à l’abri du froid dans cette maison mal isolée où les courants d’air glacial sont dus à la météo, mais aussi à la rigidité de parents peu enclin aux démonstrations d’affection.

Ces fameuses couvertures, réelles ou symboliques, sont mises bout à bout par l’auteur en un gigantesque patchwork (à l’image de celui dont sa petite amie lui fera cadeau) qui sert de fil rouge à son parcours.

L’utilisation très judicieuse du noir et blanc combinée à un sens de la mise en page parfait et à des illustrations au pouvoir évocateur fort font de cette bande dessinée une véritable merveille pour les yeux, pour la tête mais surtout pour le coeur.

Ce qui aurait pu n’être qu’un récit linéaire à travers des sentiers battus s’avère être une véritable virée sur des montagnes russes émotionnelles nous propulsant à travers le spectre complet des émotions. Cet épais volume de près de six cent pages parvient plus d’une fois à nous faire trembler, rire à gorge déployée et avoir le coeur serré.

Alors que reste-t-il une fois que la couverture de neige à tout recouvert? Des regrets, des souvenirs, de la nostalgie, mais surtout une exaltation de la vie, de la création artistique et de son pouvoir cathartique, et finalement la satisfaction d’avoir laissé une trace, même éphémère.

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