Chronique : « L’art invisible » (Scott McCloud)

Par défaut

Malgré l’impression mitigée que m’avait laissé Le sculpteur, sorti il y a quelques mois, le dernier opus en date de Scott McCloud recelait suffisamment d’idées intéressantes pour me donner envie de revenir sur ce que l’artiste a sans doute produit de mieux jusqu’à présent : L’art invisible

Puisqu’il n’est jamais trop tard pour (re)découvrir une oeuvre incontournable, revenons sur ce chef d’oeuvre publié il y a plus de vingt ans déjà (en version originale)

Pour celles et ceux qui ne seraient pas encore familiers de cet ouvrage (comme cela était encore mon cas il n’y a pas si longtemps!), il convient de préciser tout de suite qu’il ne s’agit pas de fiction, mais d’un livre théorique sur la bande dessinée. Le fond et la forme s’associent parfaitement, puisque l’auteur décode la bande dessinée en utilisant la bande dessinée pour cela.

L’auteur explique en effet que l’on peut tout faire en utilisant la bande dessinée, y compris l’analyser. Selon lui, les possibilités de ce médium ne sont d’ailleurs limitées que par l’imagination de ceux qui l’utilisent pour s’exprimer.

Si le titre en version originale est « Understanding comics », on pourra, une fois n’est pas coutume, préférer « L’art invisible », expression intrigante au premier abord mais qui trouve rapidement plusieurs sens.

Le neuvième art, historiquement sous-estimé, est ainsi longtemps resté « invisible » aux yeux des intellectuels qui prenaient de haut ce qu’ils considéraient comme de vulgaires histoires pour enfants. L’un des buts de l’ouvrage de McCloud est donc d’apporter sa pierre à l’édifice de la réhabilitation des comics.

Mais comme s’efforce à l’expliquer l’auteur, l’invisible est aussi une partie intégrante de la bande dessinée. Les histoires se dessinent en creux, entre les vignettes, et reposent énormément sur ce qui n’apparait pas sur la page. Le récit se nourrit de l’imagination du lecteur qui interprète ce que l’auteur n’a pas besoin de représenter pour se faire comprendre. Cette interactivité est bien entendu l’une des grandes richesses de la bande dessinée.

Dans les pages de cet ouvrage, McCloud se met en scène tel un guide bien décidé à décortiquer chaque élément constitutif de son art, qu’il s’agisse du vocabulaire spécifique, du pouvoir évocateur de l’image, du sens du rythme, de l’usage (ou non) des couleurs, de la mise en page, etc

Le tout est hautement instructif et d’une clarté parfaite sans jamais être rébarbatif ou pompeux grâce au ton utilisé par l’auteur (ou plutôt son avatar) qui s’adresse directement au lecteur et l’embarque avec humour et fantaisie dans l’univers qu’il chérit, faisant de L’art invisible l’une de ces oeuvres dans lesquelles on ne se lasse pas de se replonger.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s