Chronique : « Le naufragé » (Bruno Bazot)

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« De l’admiration naît la création » disait le philosophe Alain. Une pensée que ne renierait probablement pas Bruno Bazot, l’auteur du recueil de nouvelles de science-fiction Le naufragé.

Dès l’introduction, l’auteur annonce en effet la couleur et cite quelques grands noms du genre qu’il affectionne le plus tels que P.K.Dick, Asimov, Silverberg, et Lovecraft, comme pour se protéger contre les comparaisons tout en rendant hommage aux maitres.

Les lecteurs voyageront avec plaisir dans le temps et l’espace à travers les sept nouvelles qui constituent l’ouvrage.

Un vol dans l’espace qui ne se passe pas comme prévu et réserve bien des surprises. Des ambiances de fin du monde. Des créatures extra-terrestres aux visées différentes concernant l’Humanité. Des robots un peu trop évolués et même… un conte philosophique tout en finesse et sensibilité, comme pour finir sur une note plus douce après l’angoisse et le suspense dans lequel ont baigné les histoires précédentes.

Pour un premier essai, Le naufragé est donc une vraie réussite pleine de promesses pour la suite. Il y a fort à parier qu’après avoir salué ses idoles en s’en inspirant, l’auteur va maintenant se sentir libre d’affirmer son propre style dans le prochain ouvrage qui est déjà annoncé. A suivre…

Chronique : « Punk rock et mobile homes » (Derf Backderf)

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Sans doute légèrement moins connu dans nos contrées que Mon ami Dahmer (portrait d’un tueur en série « en devenir » et ancien camarade de classe de Backderf) qui a valu à son auteur le prix de la révélation au festival d’Angoulême 2013, Punk rock et mobile homes (Punk rock and trailer parks en VO) mérite pourtant largement le détour.

Depuis son premier roman graphique, Derf a pour habitude de se baser sur sa vie personnelle : son expérience d’éboueur le temps d’un été dans Trashed, ses relations avec Jeffrey Dahmer dans Mon ami Dahmer donc, et finalement son amour pour la scène punk des 80’s dans sa ville d’Akron, dans l’Ohio dans l’ouvrage qui nous intéresse dans cette chronique.

L’histoire de Punk rock et mobile homes sort certes de l’imagination de l’auteur mais, comme il s’amuse à l’annoncer dès la première page : « Ceci est une fiction. Mais cela AURAIT PU arriver… »

Ainsi plutôt que de se mettre en scène comme il l’avait fait dans ses deux précédents ouvrages, Derf crée de toutes pièces un personnage haut en couleurs (« bigger than life » dirait-on dans l’Ohio!) nommé Otto (dit « Le baron »…)

A travers les péripéties du lycéen Otto, Derf explore des thèmes tels que la difficulté de s’exprimer pour un adolescent dans une petite bourgade américaine, l’amitié, et le pouvoir salvateur de la musique, ultime refuge des outsiders et autres pseudo-losers pour qui le rêve américain relève plus de la mauvaise blague que d’un idéal de vie.

Tant qu’à parler de blagues, on ne dira jamais assez à quel point cette bande dessinée est drôle. Tout lecteur normalement constitué se surprendra plus d’une fois à exploser de rire ou à avoir de légers pincements au coeur car, si l’histoire est hilarante, l’émotion n’est jamais loin tant le récit est teinté de nostalgie (bien authentique, elle)

Même si l’auteur nie farouchement tout lien entre Mon ami Dahmer et Punk rock et mobile homes, on ne peut s’empêcher d’établir des comparaisons : les deux oeuvres sont un regard dans le rétroviseur, et peuvent apparaître comme les deux faces d’une même pièce. L’humour s’immisce dans la description de la vie sordide du futur tueur en série de la même manière que l’amertume et la tristesse ne sont jamais loin dans cette bande dessinée pourtant franchement rigolarde qu’est Punk rock et mobile homes.

L’oeuvre de Derf oscille ainsi constamment entre l’ombre et la lumière, dans un style en noir et blanc qui lui va à ravir et est traversée de personnages aux traits cartoonesques mais à la psychologie plus fine qu’il n’y paraît au premier abord…