Chronique : « Rêver » (Frank Thilliez)

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Au détour d’un dialogue du dernier opus de Frank Thilliez, un personnage soumet une énigme (sans rapport avec l’intrigue principale) à ses interlocuteurs: une forêt a été entièrement décimée par un incendie. Au milieu de la forêt, le corps d’un homme en tenue de plongeur est retrouvé sans aucune trace de brûlure. Comment est-ce possible ?

Cette énigme pourrait facilement être perçue comme une métaphore du roman qui la contient. En effet, Rêver est une gigantesque énigme. Une énigme constituée de toute une série de plus petites énigmes, les unes imbriquées dans les autres façon poupées russes. Une énigme monstrueuse, peut-être trop grande pour être tout à fait honnête, comme si l’auteur était condamné à la surenchère. Toujours plus étonnant, toujours plus saisissant, les titres de ses ouvrages ne cachant pas son ambition de nous retourner la tête (Puzzle, Vertige…) sans oublier de nous faire frémir (La chambre des morts, Deuils de miel, Fractures, pour ne citer que quelques exemples)

Mais de quoi est-il question dans Rêver ? Abigaël, une psychologue narcoleptique, vient en aide à la police sur une affaire concernant l’enlèvement de quatre enfants. En plus des difficultés liées à sa maladie (Abigaël peut non seulement s’endormir à tout moment, mais elle perd de plus en plus la capacité à distinguer le rêve de la réalité), notre héroïne doit survivre après un drame personnel : la mort de son père et de sa fille dans un accident de voiture auquel elle a miraculeusement survécu. Nul besoin d’avoir lu beaucoup de thrillers pour se douter rapidement que tous les mystères sont liés…

Frank Thilliez est, à juste titre, considéré comme l’un des grands auteurs actuels de thrillers à la française. Son habileté à concevoir des intrigues machiavéliques n’a d’égal que la cruauté des « croquemitaines », monstres à visage humain et autres tueurs auxquels il confronte ses héros. Le lecteur prendra un malin plaisir à se frotter à cette énigme géante qu’est « Rêver », jusqu’à chercher ce fameux chapitre caché au prix d’une dernière réflexion !

Là où le bas blesse, c’est peut-être en ce qui concerne les personnages. Un thriller n’a pas la même saveur sans un attachement réel pour le ou les personnages principaux. L’adhésion au personnage d’Abigaël variera certainement selon les lecteurs, mais on pourra déplorer la façon dont est caractérisé le personnage. En effet, la psychologue est rarement définie autrement qu’à travers ses souffrances (liées à la perte de sa famille, à son enquête, à sa maladie…) Abigaël est une victime. Une victime qui lutte, certes, sinon il n’y aurait pas d’histoire, mais quelques nuances apportées à son personnage auraient été les bienvenues.

Si l’on se plonge dans cette intrigue, c’est donc avant tout pour avoir le fin mot de l’histoire, comme on prendrait plaisir à résoudre une équation aux multiples inconnues. Et quelle intrigue ! Thilliez pousse la vraisemblance dans ses derniers retranchements et un lecteur aguerri verra venir de loin certains rebondissements, mais le sac de noeuds vaut amplement le coup qu’on tire sur la ficelle…

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