« Killing and Dying » (Adrian Tomine)

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Contrairement à ce que ce titre pourrait laisser présager, le roman graphique d’Adrian Tomine n’a rien d’un thriller ou d’un roman noir. Il s’agit d’une compilation de six histoires, simples en apparence, dont la brièveté est inversement proportionnelle à l’effet durable procuré au lecteur. Des récits poignants bien qu’ordinaires, ou plutôt des récits poignants parce qu’ordinaires.

Si la mort est omniprésente dans le titre, l’auteur choisit de ne la faire apparaître qu’en creux dans ses histoires. Ce qui pourrait être considéré comme une forme de pudeur relève davantage d’un choix esthétique d’une grande pertinence : aucune besoin de surligner l’issue fatale de nos existences. De simples évocations par petites touches suffisent (sous une forme elliptique poignante dans l’histoire qui donne son nom à l’ouvrage, pour ne citer qu’un exemple)

L’auteur, maitre d’un minimalisme que n’aurait pas renié Raymond Carver, opte en effet pour une approche chirurgicale des sentiments, sans paradoxalement livrer une copie froide. On pense ainsi au dépouillement et aux symétries d’un Chris Ware pour ce qui est du dessin, mais aussi pour la tonalité des tranches de vie qu’il nous expose.

Mais qu’en est-il de ces histoires justement ? Un horticulteur aux ambitions artistiques incomprises. Une jeune femme embarrassée par sa ressemblance troublante avec un « personnage public » (nous n’en dirons pas plus !), une rencontre entre deux égarés, des aller-retours entre le Japon et les Etats Unis, une ado qui se cherche, un homme qui retourne hanter son ancien appartement… La fragmentation de ces récits reflète l’aspect fragmenté d’existences reliées par une quête de sens ou d’identité et des errements qui ne mèneront pas forcément les personnages quelque part…

La beauté réside justement dans ces creux, dans ce qui se passe entre les cases et dans ces bulles et ces mots que l’auteur n’utilise que lorsque c’est strictement nécessaire, afin de ne rien imposer au lecteur mais, au contraire, de l’inviter à s’investir dans ces parcours de vie tortueux et peut-être y reconnaître ses propres fêlures dans un jeu de miroirs déformants et, qui sait, y trouver du réconfort…

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