Interview : Bastien Pantalé, auteur indé

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A l’occasion de la sortie du thriller « Sublimation » (la chronique, c’est par ici !), j’ai eu le plaisir de soumettre quelques questions à son auteur, Bastien Pantalé.

– Bonjour Bastien, et merci de te livrer à l’exercice de l’interview ! As-tu des rituels ou des petites manies quand tu écris ?

– Pour commencer, salut Arnaud, et salut à tes lecteurs. Merci de me donner l’occasion de me dévoiler un tant soit peu ici ; on ne peut pas dire qu’une page Facebook ou une brève biographie permette au lecteur de nous découvrir (encore faut-il qu’ils en aient envie)

Des rituels et des manies, que oui, et elles n’ont rien de petites… Déjà que j’en ai des tas en dehors de l’activité d’écriture, un vrai maniaque je suis ! En bon handicapé – n’ayons pas peur des mots -, ma colonne vertébrale qui ressemble plus aux sculptures en Mécano que je créais enfant (mais très jeune alors, quand la notion d’équilibre n’est encore qu’une vague idée) ne me permet plus de rester statique très longtemps, et encore moins assis. Mon petit rituel consiste donc à trouver la position idéale, allongé (sur mon lit la plupart du temps), à grand renfort de coussins, d’oreillers, et d’un support pour mon ordinateur. Compte tenu de mes difficultés de concentration, j’ai besoin d’être totalement dans ma bulle, le plus au calme possible et sans distraction à proximité. Autant dire que Facebook et l’activité frénétique et passionnée de mes contacts m’incitent de plus en plus à fermer cet onglet ; le moindre bruit va attirer mon attention et me détourner de la fameuse “transe créatrice”, de même que le chat qui grignote mes papiers ou envoie valser ses grains de litière dans l’appartement. Bref, je suis un hypersensible à qui il en faut peu pour se démobiliser… A part ça, il faut que mes douleurs n’accaparent pas trop mon attention, et que je sois à jour dans mes obligations administratives, familiales, conjugales, etc. afin que rien ne vienne perturber mes pensées. C’est chiant hein ?

 

– Comment naît l’envie de consacrer du temps à une histoire ? (Un thème ? Un point de départ ?)

– Je crois qu’au début, il y a un thème, oui, ou plutôt une idée (ou plusieurs) que j’ai envie de partager et autour desquelles s’articulera mon histoire. Je dirais que j’ai à parts égales, la volonté de divertir mes lecteurs, de les faire voyager par tous les moyens imaginables, et de diffuser dans mes écrits quelques valeurs ou réflexions qui selon moi valent la peine que l’on s’y penche. Cela se ressent dans mes livres je crois, on m’évoque souvent cette dimension “humaine”, ainsi que des accents philosophiques et métaphysiques. Un auteur doit écrire ce qu’il a sur le cœur, ça paraît gnangnan comme ça, mais c’est la condition nécessaire à la réussite de ce pari fou que l’on se lance : toucher le lecteur !

Dans Sublimation, j’ai voulu mettre l’Art à l’honneur, dans ce qu’il a de plus pur et créatif. Même si le registre “thriller” se prête moins à la propagation de messages poignants que ce que la science-fiction permet (voir le Cycle Ascendance), on parvient tout de même à punir quelques vilains peu scrupuleux et à explorer un tant soit peu la nature humaine.

J’ai donc plus souvent en tête un point d’arrivée qu’un point de départ, mais franchement, il n’y a pas de règle.

 

– A quel point planifies-tu une histoire et quelle part de liberté te laisses-tu ?

– Vaste sujet. Je peux m’accorder une liberté énorme dans un récit et l’abandonner au profit d’une construction millimétrée dans un autre ; tout dépend du message que je souhaite faire passer et, il faut l’avouer, de mon humeur.

Dans L’Éveil, mon premier roman, j’ai laissé évoluer mes personnages et mon intrigue où ils voulaient (l’innocence du débutant sans doute), avec pour seul orientation, nos capacités sensorielles. J’y ai mis beaucoup de moi, laissé courir mes envies, mon imagination, et ça a donné un mix étrange, entre polar, romance et SF, mais surtout mu par une dimension humaine omniprésente. Dans mon cycle de SF Ascendance, j’ai commencé à bâtir une intrigue plus solide, avec des points de passage et des éléments perturbateurs multiples (je trouve ce registre bien plus accessible). Enfin, dans Sublimation, la part de préparation, d’intrications des informations les unes avec les autres, des chapitres et des morceaux de vie entre eux était davantage soumise à une planification exigeante, même si je m’efforce de laisser de la place pour l’improvisation. Au fur et à mesure, un auteur apprend, dans tous les domaines. Qu’il s’agisse de narration, de description, d’intrigue, de psychologie personnages/lecteurs, un auteur apprend constamment. Si j’ai considérablement progressé depuis L’Éveil, je me considère encore comme un débutant.

J’essaie d’accomplir juste ce qu’il faut pour exprimer ce qui m’anime sans toutefois perdre le lecteur. C’est essentiel de savoir où l’on va, mais on pêche souvent à trop vouloir aiguiller une histoire. C’est le meilleur moyen de brider notre imagination.

 

– Utilises-tu une méthode particulière pour bâtir un roman ?

– A chaque bouquin sa méthode ; l’enjeu est de réussir à s’adapter à l’exigence de chaque histoire. Une ouverture en fanfare, avec scène d’action et sentiments puissants, ou une découverte progressive des personnages pour une montée en tension prenante ? Voilà le genre de dilemme qui va animer chaque idée, chaque chapitre, et chaque composante de l’histoire. Le tout est de percevoir ce qui va mettre l’intrigue en valeur, et conduire les lecteurs là où on le souhaite.

Personnellement, je me renouvelle et me renouvellerai en permanence, tout comme je n’ai pas (encore) de registre de prédilection. Il faut essayer, expérimenter, et ne jamais s’ennuyer. Peut-être trouverai-je un jour mon registre type, ou adopterai-je un style défini. En attendant, j’ai envie de m’amuser à muscler mon imaginaire, à aiguiser ma sensibilité, et à me nourrir des possibilités infinies qu’offre la littérature.

 

– A quel point penses-tu avoir un regard critique sur ton travail ? Te fixes-tu des objectifs ?

– Je fais partie de cette tranche de névrosés qui possède un sens critique aigu. Qu’il s’agisse de mon propre travail ou d’un quelconque élément de société, je reste irrémédiablement déçu, insatisfait. Considérant les domaines artistiques, ce trait de caractère est plus que nécessaire dès-lors que l’on destine ses créations à autrui. Attention, malgré le jugement sévère que je porte sur ma production, je garde à l’esprit que mon point du vue reste malheureusement (ou heureusement) unique et incomplet, que bien des idées et des éléments m’échappent – hé ouais, on n’est pas omnipotent. C’est d’ailleurs pourquoi, comme mes collègues auteur(e)s, je me nourris des avis que peuvent émettre lecteurs et autres passionnés. Sans cela, on stagne, et la nature nous apprend qu’à défaut d’évoluer, on dépérit.

Mes objectifs sont simples : me faire plaisir, procurer de l’évasion, et glisser les germes de quelques réflexions que décideront ou non de cultiver mes lecteurs.

 

– Est-ce que tu as en tête des limites concernant ce que tu racontes ou la façon de le faire ? (limites morales, créatives ou autres)

– Fichtre ! C’est pointu ça… La principale est selon moi le domaine d’expertise. Lorsqu’on aborde un thème, un univers, ou une profession, il est très facile de s’égarer et de développer des thèses erronées par défaut de recherches. Ecrire sur des choses que l’on n’a pas vécues soi-même est terriblement risqué, c’est là le talon d’Achille de l’imagination. C’est un risque que l’on accepte de prendre, en tentant de se rapprocher au mieux de la réalité, de crédibiliser l’histoire. Car même si 90% des lecteurs (ouais, j’aime bien balancer des ratios à la pelle comme ça) vous suivront sans hésiter, il reste la possibilité de rencontrer l’exception, le pointilleux qui n’acceptera pas la moindre inexactitude portant sur sa passion ou sa profession (question d’indulgence tout ça). Seuls les auteurs qui traitent de leur propre domaine d’expertise, médecine ou nouvelles technologies par exemple, parce qu’ils ont éprouvé ses techniques ou vécu quelque chose digne d’intérêt, seuls ceux-là ne seront jamais pris à défaut (et encore) ; j’émettrais alors une seule objection : l’imagination. Les ouvrages empiriques qui se contentent de relater sont par définition opposés à la fiction, même si rien n’empêche de faire sa propre soupe en mélangeant tout ça.

Mais à chaque individu sa liberté de croire ce qui est écrit, de suivre ou de vérifier les dires de l’auteur. Il n’est pas parole d’évangile, quoique pas mal de conneries aient été écrites – dictées – et vendues comme telles !

Les limites créatives sont moindres dans la science-fiction, c’est pourquoi il me tarde de commencer la rédaction du dernier tome d’Ascendance. Pour ce qui est de la morale, bah, tu sais ce qu’on dit, on trouvera toujours quelqu’un prêt à s’indigner ou se sentir blessé. On aura beau mettre des gants pour faire crépiter les touches de nos claviers, nos idées ne plairont jamais à tout le monde. Alors autant rester fidèle à soi-même, et aller au fond des choses. Certes on se mettra certaines personnes à dos, pour divergence d’opinion ou de style la plupart du temps, mais au moins, notre écriture aura son caractère propre, sa verve, et touchera assurément sa cible. Cela illustre assez bien l’idée que je me fais de l’écriture : j’écris ce qui me plait, et ensuite, seulement ensuite, j’essaie de catégoriser ce que j’ai pondu, car il faut bien l’avouer, nous sommes gouvernés par les cases ! Ça me débecte, mais c’est devenu une obligation, et Amazon ne fait pas exception à la règle.

 

– Pour terminer, quels sont tes projets et comment envisages-tu la suite de ton parcours littéraire ?

– Wow wow wow… Calmez-vous M’sieur Touplain !

Rentable ? C’est une réponse ? J’envisage de gagner un tant soit peu ma vie avec mes bouquins, mais c’est compliqué, je ne t’apprends rien. Plus sérieusement, cela fait six mois que je peux me consacrer pleinement à l’écriture, et j’ai bien l’intention de mettre ce temps à profit. Car au-delà de la production en elle-même, l’auteur indépendant doit assurer sa promotion, par sa présence sur les réseaux sociaux et le démarchage de libraires ne jurant pas que par les maisons d’éditions. Autant dire que les missions ne manquent pas. Il s’agit de la prochaine étape pour moi, d’abord au niveau local, puis qui sait jusqu’où mes livres se fraieront un chemin.

Je vais poursuivre ma découverte littéraire, dans différents registres comme je l’ai dit, et surtout en peaufinant ma plume qui est encore très incertaine. Je pense publier un court texte très prochainement (mais rien n’est mois sûr), quelque chose qui demandait à sortir depuis trop longtemps. Ensuite, et c’est je crois ce qui va alimenter mon angoisse des prochains mois, il sera temps de mettre un point final au cycle Ascendance. Le tome 2, L’Écho Primordial est sorti il y tout juste un an ; je sais que quelques lecteurs attendent le dénouement, et que de nombreux autres ont préféré patienter que le cycle soit complet avant de l’attaquer. Je vais être particulièrement exigeant sur ce dernier volume, car trop de suites stagnent dans ce qu’elles proposent. Il s’agira donc d’élever le niveau littéraire ainsi que l’intrigue – j’ai quelques idées qui devraient vous plaire – tout en retrouvant les civilisations décrites dans les deux premiers.

 

Concrètement, je me laisse encore deux ans pour voir si ma situation évolue (entendez “financièrement”, après quoi je commencerai à harceler des éditeurs). À choisir, je préfèrerais rester indépendant, mais sans la participation de mes lecteurs, c’est tout simplement impossible. L’idée commence tout doucement à se diffuser, mais beaucoup ne comprennent pas encore que les retours de lecture – ou commentaires sur Amazon – constituent la principale vitrine des petits auteurs tels que moi. Il faudrait que les gens cessent de consommer les livres comme un produit de consommation classique ; les livres ont une vie bien plus longue que celle de leur auteur, et si on ne l’alimente pas, elle s’essouffle bien rapidement. Prenez cinq minutes pour poster un commentaire !

Après ce énième cri de détresse qui trouvera écho auprès des milliers de collègues qui vivent la même chose, il ne me reste plus qu’à vous saluer, et vous souhaiter d’agréables découvertes littéraires.

 A bientôt,

Bastien

Chronique : « Sublimation » (Bastien Pantalé)

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Après nous avoir proposé « L’éveil », savant mélange de polar et de romance saupoudré de science-fiction, puis sa saga de science-fiction humaniste « Ascendance » (deux tomes déjà disponibles), Bastien Pantalé nous invite à plonger dans un pur thriller psychologique intitulé « Sublimation ».

Un pur thriller ? C’est en tout cas ce que l’on pourrait penser à priori, car tous les codes du genre sont maîtrisés dans cette intrigue aux faux airs d’un « Seven » à la française (référence dont il ne se cache pas d’ailleurs, puisqu’elle est évoquée dans le livre) L’auteur sait pourtant la rendre originale et surprenante jusqu’à un dénouement qui fera probablement réagir plus d’un lecteur !

Mais plutôt que de risquer de déflorer l’histoire, autant se référer à la quatrième de couverture :

« Bordeaux, place de la Bourse, une oeuvre d’art intrigue les passants. Le meurtre atroce qu’elle dissimule annonce une psychose sans précédent. Dans son atelier parisien, Damian Leisenberg subit les assauts de visions persistantes, des scènes macabres laissant présager le pire. Le controversé Capitaine Bonhoure se lance sur la piste d’un tueur en série pour le moins créatif, mais face à la complexité de l’enquête, ses dons de criminologue ne seront rien sans les avis éclairés du Lieutenant Torrès. Du port de la lune à Paris, le duo d’enquêteurs, impuissant, assiste au décompte des victimes »

On reconnaît tout de suite le style clair et élégant de l’auteur à un détail près : le rythme a changé. « L’éveil », malgré son suspense, avait un aspect volontairement contemplatif par endroits, lié à la nature même de son sujet et « Ascendance » prend le temps de développer différents mondes et personnages, mais ici, tout doit aller plus vite, car il y a un vrai sentiment d’urgence. Attention, Bastien Pantalé ne nous perd pas pour autant, car il gère parfaitement son récit que l’on devine longuement pensé et planifié, qu’il s’agisse des impressionnants détails techniques, descriptions de lieux et, plus intéressant encore, de la personnalité clairement dessinée de personnages réalistes que l’on éprouve un réel plaisir à suivre.

Au delà du frisson garanti par tout bon thriller, l’auteur développe en creux une réflexion sur la nature humaine, sur nos pulsions, notre possibilité à tendre vers le bien comme vers le mal, et la difficulté de se poser des limites… L’Art est bien sûr également au coeur du livre. Qu’est-ce que le beau et comment l’atteindre ? Et surtout à quel prix ?

Chronique : « Le baptême du soleil » (Bastien Pantalé)

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De Bastien Pantalé, l’auteur de ces lignes n’avait lu jusqu’alors que L’éveil, un roman fantastique empreint de sensibilité dans lequel il était question, entre autres choses, d’enfants au potentiel surprenant menacés par des hommes peu scrupuleux.

De potentiel, il est encore fortement question dans Le baptême du soleil, premier tome d’une saga de science-fiction dépaysante. Le potentiel à faire le bien ou le mal d’individus, mais surtout le potentiel d’espèces à l’évolution incertaine. Car en tournant les pages de ce roman, le lecteur fera la rencontre de personnages hauts en couleurs issus de quatre mondes différents. L’un d’eux nous est bien familier et nous sert de point d’ancrage puisqu’il s’agit de la Terre. Quant aux trois autres, autant préserver la surprise de la découverte…

Comme dans L’éveil, le lecteur devra faire preuve de patience pour deviner où l’histoire l’emmène, mais la description précise des quatre mondes présentés par alternance s’accompagne de péripéties suffisamment prenantes pour que le rythme ne retombe jamais et que la curiosité l’emporte.

Et lorsque les fils de l’intrigue se rejoignent, l’aventure prend une tournure surprenante et captive le lecteur jusqu’aux dernières pages pleines de promesses pour le tome suivant…

Si l’histoire se lit avec plaisir, c’est aussi grâce au style à la fois élégant et sobre qui caractérisait déjà L’éveil.

Il faut également noter le travail de recherche, que l’on imagine conséquent, effectué par l’auteur. Comme dans son précédent ouvrage, on peut aisément jouer au jeu du « Et si c’était vrai… » tant le récit repose sur des bases solides et des explications scientifiques précises sans être difficiles à saisir pour autant.

Les plus cyniques auront peut-être à redire sur les valeurs exaltées par le roman (recherche de la sagesse, écologie, l’amour, etc), mais la sincérité et l’exigence de l’auteur finiront sans doute par rallier à sa cause les derniers récalcitrants.

Pour résumer, la saga entamée ici semble bien être partie pour s’imposer comme une grande fresque humaniste pour laquelle la science-fiction n’est presque qu’un prétexte…