La micro-nouvelle ou l’art du minimalisme

Par défaut

Comme son nom l’indique, la micro-nouvelle est un texte extrêmement court (quelques phrases voire quelques mots). Le récit, forcément simple, doit pourtant planter le décor, ancrer un ou des personnages, et avoir une chute comique, dramatique ou surprenante qui provoque un effet immédiat sur le lecteur.

Même si elle est souvent dépourvue d’humour, elle peut être comparée à une blague (Ne dit-on pas d’ailleurs que les plus courtes sont les meilleures ?) En effet, une blague réussie n’est rien d’autre qu’une petite histoire avec une chute qui crée un effet de surprise.

Afin de faire court, il faut donc travailler énormément sur l’implicite, sur les archétypes et les références universelles. Le lecteur construit lui-même l’histoire dans sa tête et use de son imagination en comblant les blancs et en lisant entre les lignes. Le titre permet également de « tricher » un peu puisqu’il permet à l’auteur de donner une indication supplémentaire (ou de mettre volontairement le lecteur sur une fausse piste)

La micro-fiction est un genre à part entière, avec ses auteurs reconnus et ses prix. L’une des micro-nouvelles les plus célèbres, et réputée pour être l’une des plus courtes, est généralement attribuée à Ernest Hemingway : « For sale. Baby shoes. Never worn » (« A vendre. Chaussures de bébé. Jamais portées) Soit une tragédie en six mots. Libre au lecteur d’imaginer la terrible histoire que l’auteur a voulu écrire en creux… s’il s’agit bien d’un texte d’Hemingway. En effet, il a aussi été dit qu’il ne s’agissait que d’une réelle petite annonce placée dans un journal, ce qui met en évidence que si la micro-fiction a quelque chose à voir avec le trait d’humour, son versant plus sombre la relie aisément au fait divers et à la concision qui la caractérise.

Mais pour faire honneur à la micro-nouvelle, parlons peu, parlons bien ! Voici donc d’autres exemples de micro-nouvelles très réussies :

El Dinausorio (« Le Dinosaure ») de Augusto Monterroso : « Cuando despertó, el dinosaurio todavía estaba allí. » (« Quand il se réveilla, le dinosaure était encore là. »)

« Elle tomba. Il plongea. Disparus » (Félix Fénéon, 1906)

Mimétisme (Ludovic Recourchines, lauréat du Prix Pépin 2012) : « L’ambassadeur de Mars 3 avait bien étudié les coutumes politiques terriennes. Il promit donc de ne pas entrer en guerre avant deux cent ans, quoi qu’il arrive. Bien conscient que cela ne l’engageait en rien »

« Quand il eut fini de jouer aux osselets avec son petit frère, Jo les ramassa et les remit à leur place dans sa tombe encore ouverte » (Jérôme Picot )

« L’auteur luttait, encore et encore, en quête d’inspiration, mais nous, lecteurs, maintenions sa tête sous l’eau, jusqu’à ce qu’il expire » (Santiago Eximeno)

Comme on peut le voir avec ces quelques textes ci-dessus, la micro-nouvelle est une petite friandise littéraire qui procure une sensation immédiate de par sa brièveté. Difficile d’en « goûter » une sans chercher à en reprendre !

Elle est aussi un formidable exercice pour qui veut s’entrainer à écrire avec précision et à gagner en efficacité, en rythme et en dynamisme, que l’on écrive des nouvelles ou des romans, car comme on dit en anglais, « Less is more ! »

Publicités